1. Nouvelles directions de la recherche en littérature Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Envoyer à un ami Imprimer

Cette problématique examinera les littératures francophones en relation avec d’autres textes et en corrélation avec d’autres disciplines (savoirs) et sphères d’activités culturelles, francophones ou non. Les littératures font ressortir un sujet, un monde, un langage – instances entre lesquelles se produisent une circulation, des médiations, mais aussi des tensions et parfois des blocages. Au plus près des textes et de leur mise en dialogue, il s’agira de retrouver l’énergie et la force d’invention des littératures francophones du Sud, dans le rapport si complexe qu’ils entretiennent avec l’Histoire. Ainsi sera analysée et explicitée la « modernité » de ces littératures, si l’on entend par ce terme baudelairien ce qui désigne et canalise cet échange, cette conversion, cette dynamique parfois contradictoire. Cette problématique permettra également de réévaluer certains acquis théoriques dans le domaine et d’analyser le rôle de la littérature dans les sociétés du Sud.

Cette problématique ouvre ainsi le champ de la recherche aux littératures au Sud, écrites en français ou dans les autres langues en contact avec le français, aux littératures francophones en milieu minoritaire, à la traduction, au patrimoine immatériel autant qu’au patrimoine matériel, à la réécriture littéraire de l’oralité, aux littératures orales, aux domaines autres que la littérature (anthropologie, arts, philosophie, géographie, histoire, linguistique), aux recherches transculturelles, à la transmédialité, aux études de réception, aux métissages culturels et à l’hybridité. Il vise à casser les clivages disciplinaires et géographiques, à éviter le cloisonnement des chercheurs dans la représentation d’un espace territorialisé et dans certaines notions communément admises qui ont force de concepts. Il s’agira de susciter des travaux solidaires dans des territoires moins souvent considérés comme relevant des « Suds » (Amérique latine, Acadie, Louisiane, par exemple), de redéfinir – voire remettre en question – des catégories comme celles de « littérature francophone », « littérature-monde », « études postcoloniales », « centre et périphérie », « langue dominante / langues dominées », « entre-deux », etc., et de prendre en compte le profond renouvellement des perspectives critiques opéré depuis quelques années dans notre domaine.

Dans cette optique le domaine de recherche Littératures au Sud propose une liste non limitative de thèmes et de perspectives, autour desquels pourront s’articuler divers types de projets : recherche en équipe sur deux ou trois ans, colloque, publication collective, base de données, etc.

-  Pourquoi « Littératures au Sud », et non Littératures du Sud ? La formulation proposée permet d’associer aux littératures issues des « Suds » – souvent anciennement colonisés – des écritures du Nord qui y ont trouvé le décentrement nécessaire pour leur acte créatif. En en même temps elle met en question la réduction de ces littératures au « national », à l’identitaire, trop longtemps opérée dans un contexte de décolonisation qui la justifiait, dans les années soixante, mais paraît aujourd’hui de plus en plus datée. Des travaux pourront faire, à travers les textes, l’historique de ce lien des littératures au Sud avec l’affirmation identitaire, mais aussi montrer les limites de cette réduction au territoire. Le décentrement que suppose la formulation permet de montrer la complexité identitaire de notre postmodernité et de souligner la fonction irremplaçable de la littérature, qui est de trouver les mots pour ce non-[encore-]dit.

-  Bilan des débats récents autour des concepts de théorie postcoloniale, de littérature-monde, d’hybridité, de modernité, de postmodernité, etc. La francophonie littéraire a-t-elle déjà ses clichés ? Si les études culturelles et postcoloniales se sont révélées utiles pour la mise en valeur et l’approche des domaines littéraires au Sud, leur articulation aux études francophones a parfois été contestable. Le malentendu est lié à l’établissement arbitraire, chez quelques chercheurs, d’un certain nombre d’oppositions binaires comme « dominants/dominés », « centre/périphérie », ou de concepts efficaces, mais qui restent à repenser, comme « tiers-espace », « entre-deux », « hybridité », et bien d’autres. Il s’agira de réexaminer ces concepts et de les articuler avec celui de « francophonie », ou de « postcolonial ».

-  Littératures au Sud, Francophonie, et Paroles déplacées. Le décentrement des littératures au Sud et la réflexion sur le concept de Francophonie permettent la réévaluation de nos identités, bien plus complexes que ne le supposait l’affirmation du national dans la décolonisation des années soixante, mais aussi et surtout des définitions consacrées de ce qu’est le littéraire. D’un espace à l’autre s’opère une migration des formes et des modèles littéraires qui s’y transforment, qui y rencontrent d’autres modèles, insoupçonnés, qui s’y fécondent mutuellement, mais y mettent aussi en cause le concept de littérarité.

-  Littératures au Sud et espaces. Plus que d’autres, les littératures au Sud ont émergé dans une dynamique d’affirmation de leur espace d’énonciation, souvent revendiqué comme identitaire. Cet espace sera considéré en partie comme thème ou contenu, mais aussi réservoir de figures d’écritures. L’espace d’énonciation est souvent producteur de sens et de formes par son absence, par son éloignement, par son décentrement, et la dynamique engendrée de ce fait. Il s’agira de faire parler les lieux, mais également de déconstruire les cartographies. Et pour cette double entreprise une collaboration pluridisciplinaire, particulièrement avec des géographes, sans être obligatoire, pourra s’avérer utile.

-  Littératures au Sud et comparatisme littéraire. Cette problématique pourra décrire les ressemblances et les divergences entre grandes « aires » des littératures au Sud. Des comparaisons Afrique du Nord/Afrique subsaharienne, Maghreb/Antilles, Maghreb/Machrek ou d’autres, sont suggérées tant pour dégager des ressemblances ou différences thématiques entre les textes, que pour y retrouver des concepts comme celui de créolisation ou de Tout-Monde, dont l’efficacité peut être utile pour décrire les littératures au Sud, mais aussi d’autres littératures plus consacrées. On développera éventuellement, dans un même espace, des comparaisons entre littératures de langues différentes.

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