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ORIENTATIONS SPÉCIFIQUES

Le domaine de recherche « Langues pour le développement » a pour buts de :

A. appuyer la recherche et la formation dans la perspective de :
- aménager le lexique du français et des langues au service du développement
- décrire et préserver la diversité linguistique
- valoriser la langue maternelle, l’intercompréhension et la traduction

B. développer les méthodologies en rapport avec ces objectifs : corpus, bases de données, bibliographies, thésaurus…

Problématique 1 : Aménagement du lexique au service du développement
Les habitants des pays du Sud doivent accéder au droit de penser et de comprendre le réel dans leurs propres langues. Ceci suppose que leur graphisation soit harmonisée et que leurs lexiques puissent être enrichis de manière appropriée et être largement diffusés à des fins d’enseignement et d’une meilleure professionnalisation des métiers modernes.

Les langues maternelles sont souvent réservées à des usages familiaux, domestiques ou informels, tout au plus utilisables pour une alphabétisation fonctionnelle, tandis que les langues internationales de grande diffusion sont considérées comme dédiées à un usage professionnel. Ces dernières sont perçues comme permettant seules la promotion sociale, ce qui conduit à une situation de diglossie.

Il importe donc de :
- Faire prendre conscience de la diversité intralinguistique, en français comme en langues partenaires, et développer les outils qui permettent de la gérer.
- Développer des lexiques thématiques qui couvrent les langues transnationales dans une perspective, sinon d’harmonisation, du moins d’intercompréhension. Ceci implique une observation de l’usage réel et la prise en compte des travaux déjà effectués.
- Veiller à une large diffusion de ces lexiques, dans des formats standardisés, en sorte qu’ils soient connus des acteurs du développement.
- Veiller à l’émergence de lexicographies et de terminographies originales fondées sur des méthodologies rigoureuses et une observation de l’usage, en rompant avec une habitude de compilation.
- Travailler en partenariat avec les acteurs du développement : écoles, presse, hôpitaux... en leur faisant prendre conscience du lien entre langue et développement.

Problématique 2 : Description de la diversité linguistique
La diversité linguistique est un des attributs de notre humanité plurielle. Notre langue maternelle conditionne notre vision du monde et notre univers culturel. En nous affranchissant progressivement des barrières à la circulation des personnes et des idées, le progrès nous a fait prendre conscience de la diversité des manières d’être homme et de s’exprimer, que ce soit au sein de notre propre langue ou d’une langue à l’autre. Dans un monde désormais « global », l’un des plus grands risques du développement est de réduire l’ensemble des choix possibles pour l’humanité par l’érosion lente mais durable de la diversité des manières de vivre, de dire et de penser. Décrire systématiquement la diversité inter- ou intralinguistique constitue donc une manière de la préserver. Cette description peut s’effectuer sous un angle sociolinguistique ou linguistique.

L’approche sociolinguistique peut observer et analyser les situations de manière qualitative en posant des questions relatives aux représentations (sur les langues, le partenariat entre langues, le plurilinguisme), aux normes, aux pratiques linguistiques et constructions identitaires, aux attitudes des groupes et communautés (jeunes, urbains, femmes, etc.). De manière quantitative, elle peut décrire des pratiques linguistiques (véhicularisation, urbanisation, nombre de locuteurs par langues, pratiques des langues, etc.), les évolutions internes des langues ou encore leurs contextes d’utilisation (langues et médias, langues et administration(s), langues et frontières, langues et commerce...).

L’approche sociolinguistique peut aussi s’intéresser à la position des langues et aux dynamiques géolinguistiques et/ou géopolitiques : étude des comportements et pratiques sociales ou encore étude des actions de l’État. Elle doit aussi identifier des moyens pour la gestion des situations : recherche orientée vers le développement, formation à la recherche, réforme des universités, curriculums, ingénierie de la formation, systèmes éducatifs...

L’approche linguistique doit encourager l’étude scientifique de la variation diachronique, diatopique et diastratique du français en francophonie, comme des langues partenaires. À cet effet, il convient de :

a) veiller à ce que cette étude touche tous les volets de la description linguistique : la phonétique, la phonologie, la morphologie, la syntaxe, la sémantique, la lexicologie, la pragmatique ;

b) s’assurer que cette étude se fasse sur le plan interne mais aussi externe : rapport entre la langue et la société ; rapport entre les langues en contact ; prise en compte du discours épilinguistique, lequel est porteur de données essentielles sur l’attitude du sujet parlant envers ses mots, envers sa/ses langue(s).

Dans ce cadre, il est nécessaire d’accroître les ressources écrites et orales. Les corpus oraux seront diversifiés et dûment édités (en accès libre). Il convient également de favoriser et de développer une expertise partagée dans le champ de la description de la variation. Il importe finalement de diffuser les résultats scientifiquement validés auprès des acteurs du développement, autant sous format papier que sous format électronique et par la voie des médias.

Problématique 3 : Valorisation de la langue maternelle, l’intercompréhension, la traduction et l’interprétation
Nous vivons dans un monde plurilingue, une réalité que l’on ne peut nier et qui est irréversible. Si l’on tient compte de la multitude des langues dans nombre de pays, l’intercompréhension semble être une utopie. Dans l’histoire des peuples et des nations, le monolinguisme est souvent le résultat d’une pratique hégémonique, rarement un phénomène naturel. Pourtant, chaque langue, quel que soit son statut, est une des facettes de notre humanité et, à ce titre, elle a une prétention à l’universalité. Pour éviter le recours systématique à une lingua franca globale, privée de nuances et de précision, il convient de valoriser la production de contenus pensés librement dans chaque langue maternelle.

Afin de préserver la diversité linguistique et l’accès à une information plurielle, il est utile de valoriser l’intercompréhension par l’éducation bilingue au sein des pays francophones et d’établir des ponts entre les études interculturelles, la didactique des langues et la traduction.

Dans un mouvement parallèle, la traduction et l’interprétation ont été de tout temps des outils au service de la diversité linguistique, mais aussi les vecteurs de la circulation des idées, de la diffusion de la connaissance et du transfert des savoirs. Par l’activité néologique qu’elle implique, la traduction constitue, en outre, un instrument privilégié d’enrichissement mutuel des langues et des cultures.

Il importe donc de former des traducteurs et des interprètes pour accompagner le mouvement initié au sein de l’Union européenne et différents grands ensembles socio-économiques, tant par souci d’efficacité que de préservation de la diversité des langues et des cultures. Il convient aussi que la recherche en linguistique appliquée développe tous les outils nécessaires à la pratique de la traduction et de l’interprétation, avec le souci permanent de la préservation des contenus et du sens. Cette problématique est directement liée à celle de l’émergence de lexiques.

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