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Cultures et littératures aux Suds, productions littéraires et artistiques et didactique du français

Rabat-Kénitra (Maroc) 31 octobre - 2 novembre 2011

La création d’une direction régionale au Maghreb de l’Agence universitaire de la Francophonie (AUF) repose en particulier sur les spécificités de cet espace du point de vue de ses relations à la langue française dans le domaine universitaire de l’enseignement et de la recherche.

L’existence d’une création littéraire et artistique francophone et de travaux sur ces objets, l’existence d’un enseignement de la langue française, étrangère et/ou seconde, et de travaux didactiques, permettent d’envisager, pour les universités membres de l’AUF, une politique régionale de la langue française contextualisée mais également nourrie de l’ensemble des travaux francophones.

Afin de réfléchir à ces problématiques, la Coordination des Chercheurs sur les Littératures Maghrébines et Comparées (CCLMC), la Direction scientifique « Langue et communication scientifique en français » et l’actuel bureau régional Europe de l’Ouest-Maghreb de l’AUF, organisent à Rabat et à Kénitra, du 31 octobre au 2 novembre 2011, un colloque qui rassemblera des chercheurs du monde entier afin de réfléchir sur différentes questions liées à la diffusion des cultures et littératures communément associées à la Francophonie, comme à l’enseignement et à la recherche universitaire qu’elles suscitent.

Ce colloque examinera particulièrement :

1) La place et le rôle de la littérature autant que des autres expressions culturelles et artistiques dans la didactique du français langue étrangère.

2) La place et le rôle des littératures et des expressions artistiques « aux Suds » dans l’enseignement de la littérature, des littératures comparées et des expressions artistiques en France, et plus généralement dans les pays du « Centre » de la Francophonie.

3) Ce colloque permettra également de développer une réflexion commune sur ce qu’implique le concept nouveau de « Littératures et cultures aux Suds » (et non plus « du Sud »), tant sur un plan théorique que dans son application à l’étude de textes ou de créations artistiques diverses.

Quel sens donnons-nous à ce mot « Sud », qui concerne aussi bien l’expression littéraire que les diverses expressions artistiques ? Le « Sud » n’est pas ici un espace géographique : il coïncide souvent, mais pas toujours, avec les littératures de ces « Suds » que sont les pays anciennement colonisés, ou sous administration française comme les Antilles, et plus largement, des textes à l’identité locale non définie. Mais ce concept désigne davantage des productions littéraires et artistiques à la localisation problématique, c’est-à-dire le plus souvent non issues du « Centre ».

Or, il apparaît que le concept de « francophonie » a souvent contribué, lui aussi, à inscrire ces productions littéraires, expressions artistiques et culturelles « aux Suds » dans une sorte de ghetto. Il semble qu’il a développé pour elles une sous-catégorie littéraire de laquelle la « vraie » littérature de langue française ne ferait pas partie. Ceci permet de ce fait, sans doute, de ne pas prendre en compte les littératures dites « francophones » dans les histoires et les enseignements littéraires, particulièrement en France. Et de façon comparable les productions artistiques ou cinématographiques sont souvent diffusées dans des circuits parallèles sur les présupposés culturels et politiques desquels il convient de s’interroger.

Par ailleurs, ces littératures « francophones », « au Sud », sont également, par un ironique retour, celles qui dans bien des universités du Monde, donnent un contenu à l’enseignement du français dont on sait qu’il y est de plus en plus délaissé. Elles permettent en effet d’inscrire cette langue dans une actualité politique, voire tout simplement dans une séduction dont l’enseignement d’une langue réduite à la technicité d’un outil devenu inutile se coupe de façon suicidaire. Et cette séduction n’est-elle pas l’essence même de la littérature, en même temps qu’elle donne un sens au langage, et à notre vie ?

On convient que la compétence littéraire est une composante essentielle de la compétence culturelle et que les textes littéraires sont des « passerelles » entre les cultures et « des révélateurs privilégiés des visions du monde ». (Collès, 2010)

Le texte littéraire, quel que soit le genre auquel il appartient (roman, théâtre, poésie…), a toujours constitué un objet et un lieu privilégiés dans l’enseignement/apprentissage des langues. Les approches didactiques traditionnelles mettaient en avant la relation, très étroite entre « littérature » et « culture », mais dans laquelle l’hégémonie de la langue-culture dominante crée des tensions et est, très souvent, à l’origine de multiples dysfonctionnements et de jugements à l’encontre de l’« Autre ». L’accent y était mis davantage sur les aspects formels comme si la production littéraire devait répondre au seul objectif esthétique : plaire, séduire, voire constituer une norme de beau langage.

Les nouvelles approches qui prennent en compte les interactions entre langues-cultures, sont beaucoup plus sensibles aux voies/voix que peut contenir une œuvre littéraire (polyphonies et plurilinguisme) et aux multiples informations qu’elle peut communiquer. Une didactique interculturelle et interlinguistique (de l’interculturel ? du plurilinguisme), doit être en mesure d’identifier ces voies/voix et de mobiliser les capacités de l’apprenant à comprendre l’autre et à (re)connaitre les différences.

Le texte littéraire peut constituer en effet une voie d’accès à des codes socioculturels susceptibles de permettre une meilleure circulation des valeurs d’une culture à une autre et une prise de conscience du relativisme culturel, de relativiser tout système de référence et de favoriser une « réflexion interculturelle ».

Les activités pédagogiques en classe, dans une perspective centrée sur l’apprenant, doivent aider ce dernier à « explorer » le texte littéraire, à « l’exploiter » et « se l’approprier » non seulement en tant que production linguistique et ressources rhétoriques et stylistiques, mais aussi et surtout en tant qu’univers culturel qui peut être régi par d’autres faits socio-historiques et par d’autres références mythologiques ou légendaires.

Ajoutons qu’à côté des littératures ou en composition avec elles, existent des scènes artistiques plurielles, tant musicales et plastiques que cinématographiques, où s’enregistrent et se projettent les violences, les vibrations et les possibles en devenir des mondes francophones au Sud, du Maghreb à l’Afrique subsaharienne et de l’océan Indien aux Amériques. Quels qu’en soient les médiums, les formes et les modes d’expression, elles ont vocation à déplacer la recherche et à ouvrir de nouveaux horizons de mixité à la diversité culturelle et devront pour ce faire être mises à contribution.

On propose donc pour ce colloque la liste suivante, non limitative, d’axes de réflexion :

I – Place et rôle de la littérature et des autres expressions culturelles et artistiques dans la didactique du français langue étrangère. ; approches pédagogiques dans l’enseignement de la littérature en FLE/S ; développement des compétences littéraires en didactique du FLE/S (la prise en compte de la perspective actionnelle dans le traitement des textes littéraires et le texte littéraire comme acte social langagier) ; évaluation des compétences littéraires en FLE/S.

II – Place et rôle des littératures et des expressions artistiques « aux Suds », dans l’enseignement de la littérature ; dans les littératures comparées ; dans les expressions artistiques en France, et plus généralement dans les pays du « Centre ».

III – Pourquoi « Littératures et cultures aux Suds », et non Littératures et cultures du Sud ?

IV – Bilan des débats récents autour des concepts de théorie post-coloniale, des études culturelles et des études féministes, de littérature-monde, d’hybridité, de modernité, de post-modernité, etc.

V – Littératures et cultures aux Suds et espaces.

VI – Littératures et cultures aux Suds et corpus littéraires négligés : littératures d’enfance et de jeunesse ; expressions des émigrations/immigrations.

Ce colloque pourrait être ainsi, enfin, l’occasion de donner à ce domaine de recherches « Littératures et cultures aux Suds », tel que nous l’aurons défini, une impulsion qui inciterait des équipes multinationales de chercheurs à proposer aux différentes Directions régionales de l’AUF, en co-financement avec d’autres bailleurs, de nouveaux projets s’inscrivant dans cette perspective encore peu explorée.

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